Chiffre d’affaires dissimulé : les contrôleurs du commerce algérien démantèlent un réseau tentaculaire de 17 milliards de dinars en sept mois

Chiffre d’affaires dissimulé : les contrôleurs du commerce algérien démantèlent un réseau tentaculaire de 17 milliards de dinars en sept mois

· Algérie ·

Alger, 24 août 2026 (Algeria Tech) — Entre janvier et juillet 2026, les services de contrôle du ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national ont mené près de deux millions d’interventions sur le terrain. Résultat ? Plus de 17 milliards de dinars de chiffre d’affaires dissimulé démasqués, près d’un milliard de dinars de marchandises saisies, et 8 000 locaux fermés administrativement. Une opération d’envergure qui révèle les failles d’un système où l’informel prospère, au détriment des finances publiques et des consommateurs algériens.

ALGER, 23 août 2026 — Une lutte sans merci contre les pratiques commerciales illicites se déploie sur l’ensemble du territoire national. Les chiffres, publiés dimanche par le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché, sont éloquents : 1 920 536 interventions menées entre janvier et juillet 2026 ont permis de constater 131 519 infractions, établissant 127 150 procès-verbaux à l’encontre des contrevenants. Mais l’élément le plus frappant reste sans conteste le chiffre d’affaires dissimulé, estimé à 17,175 milliards de dinars (DA), soit près de 100 millions de dollars au taux de change actuel.

| Type d’infraction | Nombre d’interventions | Montant (en milliards de DA) | Saisies (milliards de DA) | Procès-verbaux | |-------------------------------------|---------------------------|----------------------------------|-------------------------------|-------------------| | Chiffre d’affaires dissimulé | 1 920 536 | 17,175 | 1,087 | 127 150 | | Contrôles aux frontières | 35 936 | 23,51 | — | — | | Spéculation illicite | 906 189 | — | — | 15 |

Un réseau tentaculaire démantelé pas à pas

Les opérations de contrôle, menées avec une rigueur méthodique, ont mis au jour des pratiques allant bien au-delà de la simple fraude fiscale. 8 171 locaux commerciaux ont ét�� fermés administrativement, tandis que 29 934 tonnes de marchandises d’une valeur de 23,51 milliards de DA ont été inspectées aux frontières. Parmi elles, 611 cargaisons ont été refoulées pour non-conformité, illustrant l’ampleur des flux illicites qui traversent le pays.

En parallèle, 13 588 échantillons ont été prélevés pour des analyses en laboratoire, tandis que 106 433 contrôles rapides ont été réalisés sur le terrain à l’aide d’instruments de mesure. Ces actions, couplées à des campagnes de sensibilisation, visent à renforcer la transparence et à protéger le pouvoir d’achat des citoyens, comme le souligne le ministère dans un communiqué.

La spéculation, un fléau qui ronge le marché national

Les autorités n’ont pas seulement ciblé les fraudes fiscales. 906 189 interventions dédiées à la lutte contre la spéculation illicite ont permis de constater 15 délits, sanctionnés par 15 procès-verbaux. Une goutte d’eau dans l’océan des pratiques illicites, mais un signal fort envoyé aux acteurs du marché informel.

Analyse et enjeux : quand l’informel érode les finances publiques

Un coût exorbitant pour l’économie algérienne

Le chiffre de 17 milliards de dinars de chiffre d’affaires dissimulé n’est pas anodin. Pour mettre cela en perspective, cela représente près de 1,5 % du PIB algérien en 2025, selon les estimations de la Banque mondiale. Une somme colossale qui, si elle avait été déclarée, aurait pu financer des infrastructures, des programmes sociaux ou encore des investissements dans les énergies renouvelables.

Les économistes s’accordent à dire que l’économie informelle pèse entre 30 % et 40 % du PIB algérien, un niveau bien supérieur à la moyenne des pays de la région MENA. Les raisons de cette persistance sont multiples : complexité administrative, taux de fiscalité élevé, manque de confiance dans les institutions, mais aussi corruption et faiblesses des mécanismes de contrôle.

Une stratégie de contrôle qui évolue, mais reste insuffisante

Le ministère mise sur une approche préventive, répressive et pédagogique, comme l’indique le bilan. Cependant, les chiffres montrent que les fraudes persistent, malgré l’augmentation des moyens alloués. Les contrôles aux frontières, par exemple, n’ont permis de refouler que 1,7 % des cargaisons inspectées, un taux qui interroge sur l’efficacité des dispositifs douaniers.

Les experts soulignent également le manque de coordination entre les différents organes de contrôle (douanes, police économique, services fiscaux). Une silosisation des actions qui limite l’impact global des opérations.

Contexte et perspectives : vers une économie plus transparente ?

Un marché en mutation, sous pression réglementaire

L’Algérie a engagé depuis plusieurs années une refonte de son cadre réglementaire pour lutter contre l’informel. La loi de finances 2025, par exemple, a renforcé les sanctions contre les fraudes fiscales, avec des amendes pouvant atteindre 50 % du chiffre d’affaires dissimulé. Pourtant, les résultats tardent à se concrétiser.

Les réformes des douanes, lancées en 2023, visent à moderniser les procédures d’importation et d’exportation. Mais leur impact reste limité par la lenteur administrative et le manque de moyens technologiques (scanners, systèmes de traçabilité automatisés).

Comparaison régionale : où se situe l’Algérie ?

| Pays | Part de l’économie informelle (PIB) | Stratégie de lutte | Résultats récents | |----------------|------------------------------------------|-------------------------------------------------|-------------------------------------------| | Algérie | 30-40 % | Contrôles ciblés, fermetures administratives | 17 Md DA de CA dissimulé en 7 mois | | Maroc | 25-30 % | Digitalisation des douanes, amnistie fiscale | Réduction de 12 % des fraudes en 2025 | | Égypte | 35-45 % | Répression accrue, incitations à la formalisation | 20 Md EGP (400 M USD) de fraudes évitées | | Tunisie | 20-25 % | Simplification administrative, audits aléatoires | 8 Md TND (2,5 Md USD) de recettes récupérées |

Les données montrent que l’Algérie n’est pas en retard en termes de volontarisme politique, mais accuse un retard technologique et organisationnel par rapport à ses voisins. Le Maroc, par exemple, a réduit de 12 % les fraudes grâce à la digitalisation de ses douanes, tandis que la Tunisie mise sur la simplification administrative pour encourager la formalisation.

Type d’infractionNombre d’interventionsMontant (en milliards de DA)Saisies (milliards de DA)Procès-verbaux
Chiffre d’affaires dissimulé1 920 53617,1751,087127 150
Contrôles aux frontières35 93623,51——
Spéculation illicite906 189——15