Alger, 21 août 2026 (Algeria Tech) — Dans un élan symbolique fort, célébré à l'occasion de la Journée du Moudjahid, Oran accueille une première industrielle majeure : la mise en service d'une usine d'assemblage de smartphones, fruit d'un partenariat audacieux entre la start-up algérienne Smart Technologie Innovation (STI) et le géant chinois Vivo. Avec une capacité initiale de deux mille unités quotidiennes et une ambition affichée de six mille, cette infrastructure de sept mille mètres carrés, qui doit employer jusqu'à six cents salariés directs et plus de mille deux cents indirects, incarne bien plus qu'un simple transfert de technologie — elle cristallise une stratégie nationale de résilience industrielle et de souveraineté numérique.
Une inauguration sous le signe de l'exemplarité industrielle

L'enceinte de l'usine Smart Technologie Innovation (STI), située dans la zone industrielle d'Oran, a été officiellement inaugurée ce jeudi 20 août 2026 en présence du wali de la wilaya, Ibrahim Ouchane, dans le cadre des célébrations de la Journée du Moudjahid. Ce timing n'est pas anodin : il symbolise l'ancrage de cette initiative dans une vision plus large de développement économique et social, où l'industrie technologique devient un levier de transformation structurelle. Portée par une entreprise 100 % algérienne, cette usine marque une étape décisive dans la diversification du tissu industriel national, longtemps dépendant des importations de biens électroniques.
L'établissement, qui s'étend sur sept mille mètres carrés, représente un investissement conséquent dans l'économie réelle. Dès son lancement, l'usine emploie deux cents travailleurs, dont soixante-dix pour cent sont des demandeurs d'emploi inscrits auprès de l'Agence nationale de l'emploi (ANEM). Une statistique qui résonne particulièrement dans une wilaya où le chômage des jeunes dépasse allègrement les vingt pour cent. Mais au-delà des chiffres, c'est la philosophie de l'entreprise qui retient l'attention : une approche intégrée combinant production, formation et insertion professionnelle.
| Capacité de production initiale | 2 000 smartphones par jour | |---|---| | Capacité maximale projetée | 6 000 smartphones par jour | | Superficie de l'usine | 7 000 m² | | Effectifs directs actuels | 200 employés | | Effectifs directs prévus | 600 employés | | Emplois indirects estimés | 1 200 | | Taux d'intégration locale visé | Progression progressive (composants locaux) |
Un modèle vertueux : formation, emploi et souveraineté technologique
L'un des piliers de ce projet réside dans son articulation avec le système de formation professionnelle algérien. Djilali Boukhelaf, chargé de communication de STI, a souligné l'innovation pédagogique que représente la création d'un certificat de qualification professionnelle spécialisé dans la fabrication et l'assemblage de smartphones — une première en Algérie. Ce cursus, co-construit avec les acteurs du secteur de la Formation et de l'Enseignement professionnels, permet de former des jeunes aux compétences directement alignées sur les besoins opérationnels de l'usine. L'engagement est clair : recruter les bénéficiaires à l'issue de leur formation, transformant ainsi le chômage en employabilité.
Cette démarche s'inscrit dans une logique de circularité vertueuse, où l'industrie nourrit la formation et vice versa. Elle répond également à une exigence stratégique : r��duire la dépendance du pays aux importations de smartphones, dont la facture dépasse annuellement plusieurs milliards de dollars. Selon les dernières données de l'Office national des statistiques (ONS), les importations de téléphones mobiles ont atteint près de trois milliards de dollars en 2025, un montant qui pèse lourdement sur la balance commerciale algérienne. En misant sur l'intégration locale progressive — avec pour objectif ultime la fabrication sur place de l'ensemble des composants réalisables — STI et son partenaire Vivo ambitionnent de faire basculer ce poste de dépense vers l'investissement productif.
Transfert de technologie et sécurité numérique : les deux piliers invisibles
Le partenariat avec Vivo ne se limite pas à l'assemblage de smartphones sous licence. Il inclut un volet technologique ambitieux, centré sur le transfert de savoir-faire et l'amélioration de la qualité des produits. L'accord prévoit notamment l'intégration des logiciels directement au sein de l'usine algérienne, une démarche qui vise à renforcer la sécurité des produits numériques commercialisés localement. Dans un contexte où les cybermenaces et les risques de surveillance intrusive se multiplient, cette initiative prend une dimension géopolitique : elle s'aligne sur les orientations de l'État algérien en matière de souveraineté numérique.
Par ailleurs, la création future d'un service dédié à la R&D, en collaboration avec les universités et centres de recherche algériens, annonce une nouvelle ère pour l'innovation locale. L'objectif ? Développer des logiciels adaptés aux besoins spécifiques des utilisateurs algériens, tout en formant une génération d'ingénieurs et de techniciens capables de rivaliser avec les standards internationaux. Un accord de principe a déjà été signé avec plusieurs institutions, dont l'Université des sciences et de la technologie d'Oran (USTO) et l'École nationale supérieure d'informatique (ESI), pour jeter les bases de cette collaboration.
Oran, nouveau hub technologique de l'Afrique du Nord ?
L'implantation de cette usine à Oran n'est pas un hasard. La wilaya, troisième ville du pays et deuxième pôle économique après Alger, bénéficie d'un écosystème industriel déjà bien structuré, avec une offre abondante de main-d'œuvre qualifiée et des infrastructures logistiques adaptées. Elle abrite notamment le port d'Arzew, l'un des plus importants du pays, ce qui facilite l'approvisionnement en composants importés et l'exportation des produits finis.
Cette initiative s'inscrit dans une tendance plus large observable dans la région nord-africaine, où des pays comme le Maroc (avec l'usine Renault de Tanger) ou l'Égypte (avec le projet d'assemblage de smartphones par Transsion) misent sur l'industrie high-tech pour booster leur croissance. Cependant, l'Algérie se distingue par sa volonté de combiner intégration locale et souveraineté technologique, deux axes rarement associés avec autant de détermination dans le paysage africain.
Analyse et enjeux : vers un écosystème intégré ?
L'arrivée de STI à Oran soulève une question cruciale : cette usine peut-elle catalyser un écosystème industriel local autour de l'électronique ? Plusieurs indices plaident en faveur d'une réponse positive. D'abord, la volonté affichée d'augmenter progressivement le taux d'intégration locale, avec pour objectif final la production intégrale des composants réalisables en Algérie. Cette stratégie pourrait attirer d'autres acteurs du secteur, créant ainsi un effet d'entraînement.
Ensuite, l'accent mis sur la R&D ouvre la porte à des collaborations avec des startups algériennes spécialisées dans les fintechs, les solutions logicielles ou encore l'IoT (Internet des objets). À terme, cet écosystème pourrait permettre à l'Algérie de ne plus être un simple marché de consommation pour les géants internationaux, mais un acteur à part entière de la chaîne de valeur mondiale.
Toutefois, des défis majeurs subsistent. Le premier concerne la compétitivité des produits assemblés localement face aux importations massives en provenance d'Asie ou d'Europe. Le deuxième touche à la formation : comment garantir un vivier de talents suffisant pour alimenter une industrie en pleine expansion, sans compter sur les pénuries de compétences qui menacent déjà d'autres secteurs ? Enfin, la question de la durabilité environnementale ne peut être éludée : une usine de cette envergure devra rapidement se conformer aux normes internationales en matière de gestion des déchets électroniques et d'efficacité énergétique.
Contexte et perspectives : l'Algérie sur la voie de l'industrie 4.0
Cette usine s'inscrit dans le cadre du Plan de développement du secteur des industries électroniques et numériques, lancé en 2024 par le ministère de l'Industrie et des Mines. Ce plan vise à porter la part de l'industrie électronique dans le PIB à cinq pour cent d'ici 2030, contre moins de deux pour cent aujourd'hui. Pour y parvenir, l'État mise sur des mesures incitatives, comme des exonérations fiscales pour les entreprises locales et des subventions à l'investissement.
À moyen terme, plusieurs indicateurs doivent être surveillés pour évaluer l'impact de ce projet. D'abord, la capacité réelle de l'usine à atteindre sa cible de six mille smartphones par jour d'ici deux à trois ans. Ensuite, le taux d'intégration locale, qui devra être mesuré de manière transparente pour éviter les effets d'annonce. Enfin, l'émergence de sous-traitants locaux capables de fournir des composants ou des services auxiliaires à l'usine STI.
Par ailleurs, l'expérience oranaise pourrait inspirer d'autres wilayas. Des rumeurs circulent déjà sur des projets similaires à Annaba, Constantine ou Sétif, où des zones industrielles sous-exploitées pourraient accueillir de nouvelles infrastructures high-tech. Si ces initiatives se concrétisent, l'Algérie pourrait devenir un acteur incontournable du secteur électronique en Afrique, à l'instar du Maroc dans l'automobile.
À retenir
- Une première industrielle : L'usine STI d'Oran est la première infrastructure 100 % algérienne dédiée à l'assemblage de smartphones, en partenariat avec Vivo.
- 2 000 smartphones par jour dès 2026, avec une montée en puissance prévue pour atteindre 6 000 unités quotidiennes.
- 600 emplois directs et 1 200 emplois indirects à terme, avec une priorité donnée aux jeunes demandeurs d'emploi via des programmes de formation ciblés.
- Un certificat de qualification professionnelle inédit en Algérie, co-construit avec les acteurs de la formation pour répondre aux besoins spécifiques de l'industrie.
- Souveraineté technologique : Intégration des logiciels directement dans l'usine pour renforcer la sécurité des produits et réduire la dépendance aux importations.
- R&D locale : Accord de principe avec des universités algériennes pour développer des solutions logicielles adaptées aux besoins nationaux.
- Effet d'entraînement attendu : Cette usine pourrait catalyser un écosystème industriel autour de l'électronique en Algérie, avec des retombées pour les startups et les sous-traitants locaux.
- Un modèle à reproduire : D'autres wilayas comme Annaba ou Constantine pourraient s'inspirer de l'expérience oranaise pour développer des infrastructures similaires.